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  Sommaire   Documentation  Le Courrier de la régionale   Courrier N°15 

Article paru le jeudi 19 mai 2005

Conférence publique : « Les Juifs à Marseille de 1940 à 1944 » par Michel Barbe
par

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Mardi 4 juin 2004, nous étions conviés par Catherine Ponsin-Costa, directrice de l’IUFM-Canebière, dans le grand amphi pour écouter et dialoguer avec son amie-professeur, Renée Dray-Bensousan - notre présidente - qui présentait son livre, ce fameux troisième « bébé », fruit de tant d’années de gestation et de travail pour sa thèse de doctorat « Les Juifs à Marseille de 1940 à 1944 ».

Bien entendu, j’y étais. Avec quelques autres, j’ai représenté le bureau de l’APHG en regrettant les absents, qui ont raté l’occasion d’entendre notre présidente dans tous ses états, au terme de ses efforts ! D’abord les conditions matérielles de sa recherche dans des cartons d’archives « bruts de décoffrage », couverts de cette poussière originelle des dépôts jamais ouverts avant elle depuis 1945... l’obligeant à prendre des gants pour éviter les allergies ! Elle y découvre comment Vichy, précédant les injonctions de l’Occupant, transforme concrètement, document après document, des citoyens, parfaitement intégrés comme vous et moi, mais par ailleurs Israëlites, en Juifs proscrits et exclus de toute la vie sociale des « autres » !. Quelle triste émotion à découvrir ces lettres manuscrites souvent signées, dénonçant en toute « naïveté légale » et de façon parfaitement « citoyenne », qui un voisin, qui une famille, que l’on souhaite faire expulser à bon compte pour accaparer ses biens et sa place ! Ote-toi de là que je m’y mette devient le cri de tous ces dénonciateurs anonymes... ou non ! Puis ce fut l’analyse de pourquoi et comment ces « nouveaux » Juifs auxquels la préfecture intimait l’ordre de s’auto-désigner et de s’auto-dénoncer comme Juifs l’ont fait pour la plupart avec sérieux, diligence et précision ! Parce que Français d’abord et fiers d’être juifs, ils étaient légalistes, respectueux de la loi hors de laquelle ils ne voulaient à aucun prix se mettre ! Leur qualité de Juifs n’était pas supérieure à celle de citoyen français, comme les autres. Juifs parce que leur histoire personnelle les avait investis de cette « qualité », ils n’étaient pas plus juifs que vous et moi devant la loi. Des Français, un point c’est tout ! Le piège de la fausse légalité se refermait sur eux... Comment les municipalités et particulièrement leurs maires, ont-ils réagi face aux demandes insistantes et renouvelées des autorités préfectorales d’avoir à fournir leur liste de « supposés-Juifs » ? Parce qu’il y avait, d’un côté, les imprimés officiels des recensements d’auto-désignation des Juifs qu’il fallait collecter, de l’autre, ces listes confidentielles, demandées aux maires transformés en délateurs légaux discrets ! Un seul refusa, dans les Bouches-du-Rhône, celui de la Roque d’Enthéron. Il ajoutait systématiquement de sa main à tous les rappels à l’ordre adressés par la préfecture « Il n’y a pas de Juifs dans ma commune » ou bien « Je ne connais pas de Juifs dans ma commune ». Etait-ce vrai ? N’est-ce pas plus sûrement le début d’une forme de résistance à la délation qui sauva tant de Juifs, « supposés » ou non, que le régime se préparait par cette misérable « méthode » à livrer pieds et poings liés à l’Occupant ... Lisez ce livre. Pas seulement parce qu’il est celui de notre présidente ! Mais parce qu’il présente de Marseille une facette honteuse de son histoire tragique, tout à fait contemporaine, mais occultée et ignorée ! J’avoue avoir été un peu inquiet en l’abordant. Renée n’est-t-elle pas juge et partie dans cette affaire ? Juive militante ou historienne ? Faire la « part belle » et plonger du côté de ces Juifs malheureux, trahis, spoliés, victimes de la vindicte antisémite d’un régime qui profitait de la « divine surprise » pour réaliser enfin le vœu le plus cher des anti-dreyfusards de notre histoire ou rester scrupuleusement sur le terrain de l’histoire ? Vérifiez-le par vous-même : ne me croyez pas sur parole ! Nous avons enfin là une description et une analyse de la face cachée de Marseille. Un véritable livre d’histoire fondée sur les faits attestés par les pièces d’archives et les témoignages. Un véritable livre d’histoire dont toute pleurnicherie est absente, rigoureux, précis, parfaitement documenté, facile à lire et dont un bon tiers est constitué par un appareil de notes indispensable. On y découvre un Marseille inconnu qu’il nous faut connaître, nous, les profs d’histoire-géo pour le transmettre à nos élèves ! Signé Michel Barbe (lundi 21 juin 2004)

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