aphgAixMarseille.com - Publié le : 2005


Mémoire de la Deuxième Guerre Mondiale : Bombardement Lycée Cluny
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Mémoire de la Deuxième Guerre Mondiale : Bombardement Lycée Cluny

Dans le cadre du programme de la classe de 3e sur la seconde guerre mondiale, j’ai voulu organiser une rencontre entre un témoin de la guerre qui était élève dans l’établissement durant la période 1939 -1944 et les élèves actuels.

Mon objectif était double : évoquer la vie quotidienne des élèves pendant l’Occupation, racontée par une personne qui avait alors à peu près le même âge que les élèves de ma classe. Mais aussi par ce témoignage se souvenir aujourd’hui du bombardement de Marseille le 27 mai 1944. Notre témoin Mme Mireille Lambert était à cette date élève en classe de première. Elle était présente dans l’établissement lors du bombardement. 60 ans plus tard, rappeler cette page de l’histoire du collège et de Marseille c’est aussi apprendre l’événement par un contact direct et saisir d’une manière plus concrète, plus proche, plus émouvante, plus humaine ces faits qui construisent notre histoire.

Des élèves commencent par poser des questions sur l’organisation et l’approvisionnement du collège en cette période d’occupation et de pénurie. Selon Mme Mireille Lambert, en 1944, l’Institution Saint Joseph de Cluny n’était pas un collège mais un pensionnat pour jeunes filles tenu par les sœurs de Ste Thérèse d’Avila. Les élèves étaient accueillies depuis le plus jeune âge au jardin d’enfant et jusqu’à la terminale. Il ne devait pas y avoir plus d’une centaine d’élèves. En outre, au 3e étage du bâtiment, se trouvaient les logements des dames pensionnaires c’est-à-dire de personnes âgées accueillies pour leur retraite.

La cantine et le rationnement

A la déclaration de guerre en 1939 Mme Lambert avait 11 ans, elle évoque l’insouciance de la jeunesse qui lui a permis de ne pas souffrir des conditions difficiles de la guerre. Pour les restrictions certes mais « surtout des aliments fort mal cuisinés et peu agréables à manger par exemple les rutabagas » elle se rendait bien compte cependant des restrictions alimentaires ainsi elle se souvient que sa sœur, née en 1939, « n’a découvert la banane qu’après la guerre ». Mais elle n’a véritablement pris conscience de la pénurie et du manque de nourriture que bien après la guerre « en regardant une photo de mon père pendant la guerre : il était squelettique », il était médecin, père de 5 enfants, il devait se priver pour eux. Elle se rappelle que son père ne voulait pas que sa femme achète des produits sur le marché noir. « Cela n’était pas bien ». Elle se souvient de l’amélioration apportée dans l’approvisionnement de la table familiale grâce à une maison que la famille avait à la campagne. Là, ils pouvaient obtenir quelques produits directement auprès des paysans. Mais le choix était limité. Ainsi « pendant une année la courge était présentée à tous les repas, en soupe, en gratin, en beignet », elle ajoute que de nos jours elle ne supporte plus d’en manger ! Mme Lambert garde des souvenirs précis. Ainsi, lorsqu’elle évoque le manque de pain (les tickets de rationnement) et surtout la piètre qualité de cet aliment de base « le matin ma mère coupait le pain et donnait à chacun de ses 5 enfants son morceau, à chacun de le gérer pour la journée ». Mais le pain était fait « de farine mélangée à de la sciure de bois, il était moisi dès l’après-midi, il était vert ».

Une élève pose une question sur la discipline dans ce pensionnat de jeunes filles, était-elle stricte même pendant la guerre ?

Existe-t-il une discipline scolaire en temps de guerre ?

La discipline était fort stricte, dit-elle, Cluny, institution pour jeunes filles, n’accueillait les garçons que jusqu’à la classe de 7e ; cependant les élèves des Jésuites, de l’Ecole Libre de Provence venaient manger à la cantine de Cluny mais pour ces jeunes filles les rencontres avec les garçons étaient impossibles. Elle se rappelle qu’à la fin de la journée les sœurs « se plaçaient à la porte de sortie de Cluny pour surveiller la tenue des élèves dans la rue et voir si elles n’étaient pas attendues par les garçons à l’extérieur »

Les élèves avaient un uniforme : « la couleur : le bleu marine, jupe et corsage avec des manches longues même en été, chapeau breton, en feutre l’hiver, en paille l’été. Le pantalon était interdit. Pendant la guerre, avec les restrictions, les exigences ont diminué au niveau des couleurs, il y avait des tolérances, mais en faisant attention car il ne fallait pas trop de mélange de couleurs. »

La guerre avait aussi quelque peu modifié l’organisation de l’établissement, l’effectif avait baissé, « à l’époque il n’y avait qu’une classe par niveau, les élèves étaient plus nombreux dans les petits niveaux mais au lycée les effectifs étaient faibles, 12 élèves dans ma classe de terminale et les cours de grec regroupaient 3 à 4 élèves, cela n’empêchait pas l’indiscipline » et Mme Lambert raconte avec plaisir et un peu de malice d’ « avoir épuisé trois professeurs de grec en une seule année ! » Mais elle évoque aussi combien les rapports prof- élèves étaient agréables, proches, plus directs. Elle se souvient de ses camarades de classe et de ses professeurs plus ou moins autoritaires mais aussi de cette jeune fille qui habitait dans la rue Daumier. Elle est restée à Cluny durant la guerre alors que toute sa famille fut arrêtée et déportée. Il y avait aussi, dit-elle, « 2 ou 3 élèves inscrites dans le pensionnat sous un autre nom. » Elle décrit avec beaucoup de précision son professeur d’anglais, dans la salle du rez-de-chaussée (actuellement occupée par les ordinateurs), « ce professeur demandant régulièrement un manuel car il avait oublié le sien et aucun élève ne proposant le sien car il postillonnait tellement qu’à la fin du cours le livre était mouillé .Ce prof semblait ne pas se rendre compte de ce qui se passait dans son cours aussi le jeu favori de la classe était de sortir élève après élève par la fenêtre pendant l’heure de cours et de revenir avant la sonnerie sans que le professeur ne s’en aperçoive ! ». Certes, Mme Lambert ne cache pas qu’elle est passée maintes fois en conseil de discipline. Elle décrit avec précision le lieu de ces conseils « une grande salle fort solennelle » qui se situait à l’emplacement actuel de la salle des professeurs au rez-de-chaussée de l’établissement, juste au- dessus des caves qui servaient d’abris en cas d’alerte.

1942 : l’occupation allemande

Le 12 novembre 1942 les troupes allemandes entrent dans Marseille. Cluny a été réquisitionné par les Allemands. Mme Lambert se rappelle très bien que « les Allemands occupaient toute une partie de Cluny, côté Prado jusqu’au couloir qui mène à la Chapelle. Du côté de la Chapelle se trouvaient, au rez-de-chaussée, les salles de classe, la salle d’études au 1er étage, les logements des sœurs se situaient dans « la vieille maison » (c’est-à-dire la partie du bâtiment qui donne sur la rue Daumier) : environ 25 personnes (professeurs de lettres « sœur Jacques, ou d’anglais (une sœur d’origine anglaise), mais aussi des sœurs converses qui s’occupaient des tâches d’entretien, de cuisine, de gestion).

Au début de l’occupation par les Allemands et pendant deux mois la classe de Mme Lambert - c’est à dire « les grandes classes » - ont été obligées de suivre leurs cours au lycée Périer. Les autres classes sont restées à Cluny mais les élèves n’étaient pas en contact avec les Allemands, l’entrée des élèves ne se faisant plus par le Prado mais par la rue Daumier. La séparation était nette même à la chapelle. Les sœurs avaient condamné la porte qui ouvrait vers la partie de Cluny « occupée par les Allemands ». Elles avaient placé « une énorme statue du Christ, de la hauteur d’un homme, sur un socle de pierre aussi grand qu’une estrade, d’un poids équivalent probablement à une tonne. »

Pendant les alertes tout le monde devait se retrouver dans les caves. Là encore les élèves et la communauté éducative étaient séparés des Allemands. Les premiers sont placés dans la cave située vers le Prado alors que les seconds, les Allemands, se placent dans la cave du fond (actuelle salle de ping-pong) plus éloignée de l’entrée, ce détail a une importance capitale en ce jour du 27 mai 1944.

Cluny bombardé

Mme Lambert évoque alors cette journée particulière du 27 mai 1944. Tous les élèves écoutent dans un profond silence et avec une attention soutenue « il est dix heures. Il y avait souvent des alertes à Marseille. Les sirènes étaient traumatisantes mais il n’y avait pas de bombardement, c’était surtout Toulon qui était touchée à cause de l’Arsenal ou Avignon, à cause de la gare de triage ». Le matin du 27 mai il y avait des manifestations prévues à Marseille, et Mme Lambert a fait le lien avec l’alerte. Les élèves descendent donc aux abris par le grand escalier [escalier des 3é actuellement] et arrivent au niveau des caves en même temps que les soldats Allemands. Ce jour là, l’officier allemand leur demande de se placer dans la cave du fond (cave dans laquelle quelques jours auparavant des travaux avaient été effectués pour étayer les murs. Les Allemands avaient laissé sur place des pelles et des pioches). La centaine de soldats allemands s’abritent alors dans la 1ère cave, proche de l’entrée du bâtiment et de l’escalier. Une bombe est tombée dans la cage de l’escalier sur cette partie de la cave occupée par les soldats allemands. Seuls quelques Allemands qui se trouvaient à l’intersection entre les caves du fond et celles de l’entrée ont survécu (voir photo de la plaque souvenir). Ils ont commencé à l’aide des outils placés dans la cave à creuser une galerie vers un soupirail, qui est toujours là, et vers lequel Mme Lambert nous a entraînés lors de la visite des lieux. Ensevelis sous des tonnes de gravats, « l’air était rare car tous les étages supérieurs s’étaient effondrés sur la cave qui miraculeusement avait résisté ». La présence d’une centaine de personnes raréfiait l’oxygène. Mme Lambert garde le souvenir « de la poussière dans les yeux, le nez, la bouche et des cris des élèves les plus jeunes. Les Allemands ont commencé par les faire taire, car il ne fallait pas gaspiller l’oxygène, puis avec des petites pioches ils ont dégagé le soupirail » Par ailleurs, il existait des groupes de jeunes qui formaient « la Défense Passive, ces jeunes surveillaient l’éclairage le soir, incitaient les gens à se protéger dans les abris en cas de danger, ou aidaient les personnes ensevelies à sortir des décombres. Ils ont creusé un tunnel dans les gravats des étages écroulés et en fin de journée vers 18 h les élèves sont sortis un à un. Tous les parents attendaient à l’extérieur et la joie était immense. » Mais Mme Lambert n’avait aucun parent pour l’attendre, car dans sa famille le père chirurgien était, en cas d’alerte, consigné dans un centre de soins, sa mère s’occupait d’une sœur malade, ses deux frères étaient dans les groupes de Défense Passive, et une autre sœur, étudiante en pharmacie, était volontaire comme aide à l’hôpital ; et de toute façon pour toute la famille « Mireille était la seule à être en sécurité à Cluny » !

Du comique dans les ruines

Au moment du bombardement une sœur converse et une jeune fille qui aidait aux cuisines se trouvaient au pied de l’escalier qui mène à la cave. Elles ont été coincées sous les gravats des étages bombardés. Mais des poutres, au-dessus d’elles, les ont protégées de l’écrasement « elles n’ont pas été blessées, pas même une égratignure » mais « il y eut un tel souffle de la bombe que la sœur s’est retrouvée déshabillée, elle ne voulait plus sortir du tas de ruines, elle voulait mourir sur place, elle se sentait tellement humiliée, les allemands ont dû la prendre en poids pour la faire sortir de là. » « Le lendemain du bombardement je suis revenue avec ma meilleure amie. La surprise ce fut de trouver la chapelle intacte. »

Un miracle à Cluny

Mme Lambert évoque l’énorme statue du Christ qui avait été placée contre la porte de la chapelle condamnée car elle donnait sur la partie de Cluny occupée par les Allemands. Cette sculpture elle l’a vue le lendemain du bombardement au milieu de la chapelle déplacée par la force du souffle de la bombe. La veille du jour du bombardement était un vendredi. Comme tous les vendredis les religieuses commémoraient le vendredi saint en plaçant l’ostie et l’ostensoir sur l’autel toute la journée, les élèves pouvaient venir prier. Alors que toute la chapelle avait été saccagée, les tables et les chaises en désordre, les statues renversées ou cassées, tout était en l’air sauf « le maître autel : rien n’avait bougé, je suis restée médusée devant ce maître autel intact ». « Le soliflore, l’ostensoir, et même la nappe était juste repliée sur un coin ». « Les sœurs ont crié au miracle, puis elles ont installé un oratoire dans la cave pour se souvenir de ce miracle mais aussi pour honorer les 163 allemands tués dans cette cave le 27 mai 1944. »

Ce jour-là le bombardement a touché tout le quartier, dit-elle, avec un mouvement qui partait du quartier de St Loup en direction de la gare du Prado qui était une gare de triage pour les Allemands, puis vers Cluny et le bd Périer. Ces bombardements étaient pour Mme Lambert inattendus. Elle raconte qu’une de ses camarades habitait en face de Cluny dans la rue Daumier. Or son père regardait par sa fenêtre un Allemand juché sur la terrasse de Cluny (l’actuel solarium) pour examiner le ciel, au moment où la bombe est tombée sur cette partie du bâtiment. L’école a été fermée après le bombardement jusqu’à la rentrée scolaire suivante.(voir photo André Ducasse)

Ce témoignage nous a beaucoup émus. Ces souvenirs d’un passé qui pouvait sembler lointain pour les jeunes élèves de 2004, mais qui par ces paroles directes, simples, par ces détails significatifs dans des lieux connus et fréquentés tous les jours par les élèves de la classe de 3e6, ont décrit une tranche de vie encore proche, bien vivante, voire douloureuse pour beaucoup de familles marseillaises. [Ainsi, un professeur en activité dans le collège a évoqué la mort de son grand père, ce jour là. Il avait été obligé de se mettre à l’abri dans un des cinémas de la Canebière, le « Cinéac » ou « Les Trois Salles » tous deux bombardés, la vie de son propre père a été épargnée car il avait désobéi aux ordres de la police en quittant l’abri désigné.]

Cependant cette évocation a fait naître d’autres interrogations. Pourquoi ces bombardements américains contre la population civile marseillaise ? Quels étaient les objectifs visés par l’aviation ? 163 Allemands tués dans la cave de Cluny, selon la plaque commémorative (photo de l’auteur), mais quel fut le bilan pour la ville de Marseille ?

Il nous fallait connaître un peu plus de notre Histoire locale. Aussi à la suite du témoignage oral, ce furent les ouvrages d’Histoire que nous avons interrogés.

Dès le lendemain du bombardement la presse locale publie un bilan provisoire : Une du Journal « Le Petit Marseillais » daté du Dimanche 28, Lundi 29, Mardi 30 mai 1944.

Le titre sur 6 colonnes « A MARSEILLE, LE 1ER BILAN DU BOMBARDEMENT DE SAMEDI EST DE 1187 MORTS ET DE 1125 BLESSES » Le sous-titre précise : « De nombreuses victimes gisent encore sous les décombres. Les bombes sont tombées en différents quartiers. Des centaines d’immeubles sont détruits. Le nombre de sinistrés dépasse 15 000. » Charles JANSANA dans « Marseille, La Liberté retrouvée 1943-1944 » [Lacour/colporteur 1992, p 30]

Nous trouvons des compléments puisés dans un certain nombre de livres parus sur ce sujet :

Raoul BUSQUET dans « Histoire de Marseille » [Nouvelle Edition revue et augmentée pour la période 1944-1998 (p 395) R. Laffont, Jeanne Laffitte :

« Depuis le début de l’année, le développement de la guerre en Italie et en Méditerranée, amenait fréquemment les avions américains dans le ciel de Provence. Le 27 mai, à 11h10, un bombardement visant, à Marseille, les gares d’Arenc et du Prado frappa hors de ses buts et eut les plus tragiques résultats. Les quartiers de Saint Lazare, du boulevard National, de la gare Saint Charles, de nombreux points dans le centre de la ville le quartier du Prado entre la rue Fargès et le boulevard Rabatau furent gravement touchés : il y eut tout près de 2000 morts et plus de 1200 blessés (sans compter 400 morts et blessés appartenant à la Wehrmacht, surpris pour la plupart à Saint Joseph de Cluny, sur le Prado et au « Mont Ventoux » au quai des Belges ) ; 1167 immeubles furent atteints dont 628 totalement ou partiellement détruits. Le raid fit 18000 sinistrés. »

Pierre GALLOCHER « 1939-1945, Les années oubliées de l’Eglise de Marseille » [ Paul Tacusel - Editeur 1994 pp 267-268]

« Par ailleurs, les bombardements alliés sur l’ensemble du pays s’intensifient. Lyon, Saint-Etienne, Nice, Avignon, sont gravement touchés (…) C’est dans ce climat, et alors qu’en ce samedi 27 mai 1944 à l’aube d’une splendide journée de fin de printemps, chacun aspire au peu de répit et détente que va sans doute apporter la fête de la Pentecôte, qu’éclate le drame. A 9h56, les sirènes mugissent sur la ville. C’est l ‘alerte. « Une de plus.. » pense-t-on « et pour rien » ; du moins on l’espère. Car elles se sont multipliées, les jours précédents, sans aucune suite. Alors on commence à ne plus trop les prendre au sérieux. Mais alors que, pensant que « tout est fini » on attend avec soulagement le signal de fin d’alerte ; à 10h50, brusquement, la D.C.A*. entre en action. Et bientôt, dans un sourd vrombissement de moteurs s’amplifiant de seconde en seconde, les bombardiers surgissent dans le ciel, au dessus des collines du Garlaban, puis des hauteurs de Saint Barnabé.(cinq durant 10 minutes, en sept vagues successives, 120 appareils vont déverser sur la ville, presque au hasard, de plus de 4000 mètres d’altitude, 800 bombes de 250 à 500 kilos.(…) On a dénombré les victimes : 1752 morts, 2761 blessés, plus de 20 000 sinistrés. Sans compter 52 tués et plusieurs centaines de blessés parmi les soldats allemands » D.C.A. : Défense Contre Avions.

Serge BROUQUI « Marseille bombardée » 1998 analyse toutes les sources et conclut (p 133)

« On peut raisonnablement estimer que le total en pertes humaines a été supérieur à 2000, auquel il faut rajouter près de 400 morts parmi les troupes d’occupation. D’autre part, il donne des informations intéressantes sur le quartier du Prado (p 87). « Des bombes sont tombées sur la caserne de Marins-Pompiers de Louvain qui s’est effondrée, tuant 3 hommes dont le commandant de la caserne et en blessant 3 autres Le Lycée Maréchal Pétain, dont le Pavillon des Sciences était récent, a perdu deux étages. Le siège de la Kommandantur, en bas du boulevard Périer et Notre-Dame de Cluny, occupés par la Kriegsmarine, ont été détruits faisant une centaine de morts parmi les Allemands. Sur le Prado, qui est coupé par un énorme entonnoir, les garages Peugeot et Mattéi ont subi d’importants dégâts ainsi que le musée du Vieux Marseille situé au Parc Amable Chanot. Le boulevard Rodocanacchi et la rue Jean Mermoz ont été atteints. »

Pourquoi ces bombardements ?

Dès 1947, André Négis dans son livre paru aux Editions du Capricorne, « Marseille sous l’occupation », écrit p 200 :

« Si l’on situe le bombardement du 27 mai 1944 à sa vraie place stratégique, c’est à dire comme une préparation à la grande offensive alliée pour la conquête de Rome, on peut le compter comme un acte de résistance. Avant l’assaut contre la capitale italienne, l’aviation anglo-américaine arrosa de bombes les côtes méridionales de la France dans le dessein d’empêcher les mouvements de troupes allemandes et l’arrivée des renforts. De Sète jusqu’à Nice, ce fut, durant plusieurs jours, une averse d’acier, et Marseille était comprise dans l’opération. Pour la vérité historique, il faut dire que le bombardement fut pour les Marseillais (déjà bombardés par les Allemands, les Italiens et les Anglais), l’événement le plus douloureux de toute la guerre. (…) Le système du « tapis de bombes », alors en pratique dans l’aviation américaine de bombardement, produisit en la circonstance des effets terribles. Y eut-il, comme nous l’a dit à nous-même, plus tard, un officier yankee à qui nous parlions de cet épisode, une fausse manœuvre de la part du chef de file, ou bien les appareils s’égaillèrent-ils trop au dessus de la superficie urbaine relativement réduite ? On ne le saura jamais. Il est certain qu’à trois ou quatre mille mètres d’altitude, une grande ville n’est pas du tout ce qu’elle est quand on en foule le sol. Le fait est que la plupart des objectifs furent manqués (…)

Serge Brouqui après avoir rappelé la thèse politique selon laquelle certains ont vu une volonté des Américains qui voulaient libérer les villes françaises et empêcher les habitants de se libérer eux-mêmes pour pouvoir en prendre le contrôle, évoque d’autres explications. « Les informations recueillies par la reconnaissance aérienne quant à la présence de nombreuses machines, voitures et wagons à Marseille et le fait qu’il était notoire que la gare de la Blancarde était le plus important dépôt de machines de la région, ont conforté les Américains dans la nécessité de bombarder les installations ferroviaires. Dans l’esprit de ceux qui l’ont préparé, le seul but de ce bombardement était de détruire les moyens de transport qui auraient pu permettre à l’armée allemande d’acheminer rapidement les troupes vers la Normandie, au risque de rejeter les Alliés à la mer quelques jours après le Débarquement. Cette stratégie appliquée à l’ensemble du territoire national a fait que dans le seul mois de mai 1944, plus de 900 locomotives et 16 000 wagons ont été détruits en France. » Serge Brouqui montre que ces bombardements ont manqué de précision du fait de la méthode « qui veut que chaque groupe de bombardiers lâche ses bombes dès que le leader a largué les siennes. »

Avec cette méthode, on est loin des « frappes chirurgicales ». Des réactions vives dès le début du mois de juin 1944 se manifestent de la part, bien sûr, des autorités en place mais aussi venant des rangs de la Résistance ainsi André Sauvageot (cité dans le livre de M. Gallocher ) reproduit un extrait du n°2 de La Marseillaise, organe clandestin des Mouvements Unis de Résistance du Sud-Est

« …La France , celle de la Résistance, qui se refuse à confondre dans un égal mépris ses tortionnaires et ses alliés, mais qui n’a à plaire ni aux uns, ni aux autres, crie aux aviateurs : en voilà assez ! En arrosant des villes au hasard de 4000 mètres, pourtant par temps clair, sans chasse ni DCA, non seulement vous semez la ruine et la mort parmi des innocents, parmi des alliés dont vous vous faites des adversaires, mais encore l’objectif n’est pas atteint . Les aviateurs anglais qui, eux, ont subi le déluge de fer et de feu de juin 1940, sont plus ménagers des vies françaises ; mais il faut que cesse le massacre des innocents par l’aviation américaine. »

Mai 2004, collège Privé Cluny, classe de 3e6, professeur d’histoire : Claude Galéazzi-Beitone