La guerre froide : naissance d’un concept et représentations

mercredi 14 mars 2007
par  Chanoir Yohann , Micolon Daniel
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- Ouverture du colloque par Rudolf von Thadden

Compte-Rendu de la conférence de Bernard Stöver

La genèse du concept :
La notion de guerre froide reste un concept relativement flou. Il s’avère difficile de déterminer le début, la fin et d’y donner un contenu. Dans les années 1960, le danger d’une 3ème guerre mondiale planait autant à l’Ouest qu’à l’Est de l’Europe. L’arme atomique est alors au centre des préoccupations, avec la peur de l’Apocalypse nucléaire.

Le concept de guerre froide a été répandu par le journaliste Walter Lippmann dès 1947. Mais le concept est plus ancien. L’idée apparaît en 1945 où les Etats-Unis souhaitaient imposer un contrôle international de l’énergie nucléaire. Ce projet, connu sous le nom de Plan Baruch prévoyait la gestion par un organisme international des installations nucléaires de tous les pays. Dès la fin de la guerre, on voit se dessiner des scénarios apocalyptiques. La bombe atomique va devenir la base de la confrontation est/ouest. Vues de l’URSS, les propositions du plan Baruch apparaissent comme une provocation, et Moscou refuse cette Commission.
A partir de 1947, Walter Lippmann publie une petite brochure sur la politique Truman intitulée « Cold War », titre imposé par l’éditeur, le concept ne figure d’ailleurs pas dans le livre. Il y voyait une guerre particulière avec une tonalité politique, résumée par la notion de l’infiltration. L’ennemi dans cette guerre est autant à la fois à l’intérieur qu’à l’extérieur. La presse s’est ensuite emparée du concept (Le Figaro, le 8 février 1949), les milieux universitaires (Université de Columbia) également. A l’Est, le même concept apparaît en 1955 dans la grande encyclopédie soviétique.

Les différentes interprétations de la Guerre froide :

1.Une confrontation idéologique : A l’Ouest, c’est l’agression soviétique et le danger communiste qui sont mis en avant alors qu’à l’Est, on instrumentalise le discours sur les deux camps et l’impérialisme américain.

2.Une explication « révisionniste » d’interprétation marxiste. Elle se fonde sur une critique de la politique d’Eisenhower après la crise de Suez et l’insurrection hongroise (1956). Elle fait porter les responsabilités sur les Etats-Unis ayant à ce moment là encore le monopole de l’arme atomique, et la nécessité des Soviétiques de bâtir alors un « glacis protecteur »

3.Une position médiane ou post-révisionniste (Willfried LOTH) s’appuyant sur la mauvaise communication entre les deux Grands, après la crise de Cuba, marquée par beaucoup de méfiance et beaucoup de malentendus, comme l’image de Gorbatchev en Occident.

D’autres hypothèses peuvent être mises en avant, peut-être faut-il évoquer un conflit de pouvoir classique ? La coexistence pacifique n’a pas été poursuivie, la Guerre Froide a été perçue comme une guerre forte.

Qui ont été les vainqueurs et les vaincus ?

Nous retiendrons quatre aspects :

L’époque : Faut-il parler d’une seule époque ou évoquer plusieurs phases ? Il y a eu des périodes de tension et des phases de détente, donc des cycles. La Guerre froide est un processus complexe qui se termine pour l’auteur avec la fin de la dissolution de l’URSS en 1991.

Le contexte du conflit est/ouest. Officiellement on fait démarrer le conflit en 1947, mais en réalité il commence en 1917, voire avec la guerre de Crimée. Le conflit Est/Ouest est encore plus flou. On pourrait définir la guerre froide comme une non paix permanente qui est susceptible de déboucher sur une guerre nucléaire. Une thèse répandue consiste à dire que la guerre froide aurait été une « longue paix », mais c’est pour l’auteur une thèse cynique car les pays du tiers monde ont connu des conflits permanents.

Totalité et ubiquité de la guerre froide : On utilisait tous les moyens pour gagner cette guerre. C’était aussi une guerre culturelle et sociale. Une guerre totale touchant à tous les domaines, comme le montre la conquête de l’espace.

Peut-on parler de bi-polarité ? En regardant de plus près cette vision ne semble pas correcte. Il y avait deux superpuissances face à face alors que d’autres rétrécissaient (La Grande Bretagne et la France), même s’il y avait l’apparence d’un conflit entre deux blocs, il ne faut pas oublier la Chine, le mouvement des non alignés. Il ne faut pas non plus négliger le rôle de l’ONU (Un bloc indépendant ?). Il y avait des sous-systèmes à l’intérieur des blocs et même à l’intérieur des nations. Par exemple, la politique de l’Allemagne de l’Ouest de Willy Brandt qui cherchait sa propre voix avec l’OSTPOLITIK. Des organisations indépendantes existaient comme Greenpeace. L’auteur n’évoque pas le cas de la France gaulliste. C’est un conflit mondial avec plusieurs centres, mais deux pôles. On peut se demander à quel point « les petites guerres » (Somalie/ Ethiopie par exemple) ont fait partie de la Guerre froide.

- Une représentation classique : le 15 août 1961, un soldat est-allemand saute le barrage qui le sépare sdu secteur français.

La différenciation et la pluralité de la guerre froide : Les perceptions sont très différentes, chacun peut développer ses représentations

Le Mur représente une image forte

La Grande Bretagne possède des souvenirs différents de la France ou de la Pologne

Les Etats-Unis conservent une mémoire plutôt positive car ils ont la vision d’une victoire, ce qui est fort différent de la Russie.

Les souvenirs sont plus compliqués dans l’Allemagne réunifiée où deux mémoires sont en présence, mais des lieux de mémoire existent.

Pour conclure nous pouvons parler d’une histoire globale, multilinéaire avec des perceptions différentes.

Le débat :

Quand s’arrête la Guerre Froide ?
L’auteur confirme sa thèse, c’est la fin de l’URSS (Le 31 décembre 1991) qui met fin à cette période dite de Guerre froide. Car il n’y a plus d’adversaire. L’année 1989 représente une étape intermédiaire. De Mézières souligne que le 9 novembre 1989 la déclaration de Malte (Reagan/ Gorbatchev) met fin à la Guerre froide. Une émission de la BBC porte le titre suivant « The Cold Wor from Yalta to Malta ». C’est une coupure possible.

Que représente la détente ? « Une agression en pantoufle ! » pour les uns, une phase transitoire qui permet au camp soviétique de souffler et de reprendre l’initiative pour d’autres ? Pour un intervenant, la guerre froide se termine dans les années 1970 mais pas la confrontation Est/Ouest, c’est une vision allemande et eurocentriste voire une vision raccourcie rétorque
Bernard Stöver.

Yohann Chanoir et Daniel Micolon
(Commission Europe/APHG).


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