Hospitalité et cosmopolitique , ce que nous apprend « la crise migratoire »

jeudi 21 février 2019
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Hospitalité et cosmopolitique , ce que nous apprend « la crise migratoire »

« Tout étranger a le droit de ne pas être traité en ennemi »
Emmanuel Kant, Projet de paix perpétuelle (1795)

"L’hospitalité traverse l’histoire de l’humanité, xenia homérique, loi de survie dans le désert, commandement commun aux religions, condition de la paix civile, elle fait de l’étranger un hôte dans une relation complexe, asymétrique et provisoire, parfois hypocrite, toujours sans garantie pour l’étranger accueilli.
Par ailleurs, la mobilité constante des humains, organisée ou pas, lente ou brutale, est un fait de nature -« les hommes n’ont pas de racines mais des jambes » (T.Todorov)- reconnu théoriquement comme droit pour tous depuis l’abolition des servages qui enchaînaient des hommes à la terre et/ou aux maîtres (art. 13 et 14 de la Déclaration universelle des droits humains).

Si l’adjectif « cosmopolite » nomme depuis le 16ème siècle l’attitude de qui se voit comme citoyen de l’univers, le terme « cosmopolitisme » émerge au début du 19ème siècle, vite connoté négativement, d’emblée opposé au fait « national » devenu à la même époque le socle de l’Etat contemporain. Pourtant, Kant avait écrit dès la fin du 18ème siècle « L’idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique » !

Le fait migratoire, aussi vieux que le monde, touche actuellement au cœur de notre représentation de la société, ouverte ou fermée, de nos responsabilités à l’échelle de la planète, à propos des migrations comme du climat. Et les Etats européens, à qui depuis le Moyen-âge, a peu à peu été déléguée la charge de l’hospitalité, devenue droit d’asile ou du réfugié, n’hésitent pas à bafouer celui-ci, érigeant des barrières, installant des camps fermés, honteux et mortifères, inefficaces palliatifs de la peur de « l’étranger qui vient ».

Spécialiste des déplacements et des logiques urbaines, Michel Agier est anthropologue, Directeur de Recherche à l’IRD et Directeur d’Etudes à l’EHESS. Il dirige le programme Babels. Ses champs de recherche l’ont conduit du Brésil à l’Afrique occidentale, de bidonvilles en camps de réfugiés.
En reliant Homère et Kant, l’accueil de l’étranger chez les Haoussas et la création d’indésirables sans statut, Michel Agier nous invite à regarder les faits comme à dépasser les bons sentiments, à voir les mutations, les vertus comme les limites ou les ambigüités de l’hospitalité face à la dimension mondiale des migrations.

Nous le remercions de venir nous aider à réfléchir comment « un droit international de l’hospitalité » (E.Balibar), suppose une cosmopolitique, une pensée de la solidarité-monde autant que des engagements locaux ; comment la « crise migratoire » est plus fondamentalement une crise des Etats-nations face aux défis de la mobilité.
Peut-il même y avoir une politique nationale d’hospitalité ? Qui pourrait élaborer un principe juridique d’hospitalité ?

Rappelons trois de ses nombreuses publications, : 
-L’étranger qui vient, repenser l’hospitalité, Seuil, 2018,150p.
-Définir les réfugiés (avec A.V. Madeira), PUF, 2017,110p.
-La condition cosmopolite, La Découverte, 2013."

Un nouveau Café d’Histoire d’Aix le mercredi 27 février à l’ horaire habituel 18h30 et en nos lieux habituels, la Brasserie « les 2 Garçons » 53 cours Mirabeau. 


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