Pour une complémentarité des territoires, le point de vue de Michel Perfettini

 juin 2011
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Pour une complémentarité des territoires

J’apprécie beaucoup, et depuis longtemps, le travail de mon collègue Georges Roques, et notamment sa volonté de s’attaquer avec des arguments scientifiques aux idées reçues dominantes qui n’ont souvent comme fondement que la vigueur et l’insistance avec lesquelles elles sont assénées. Ainsi, il démontre, dans l’entretien du n°621, que tout n’est pas rose en Languedoc-Roussillon, que ce qui est bon pour Montpellier ne l’est pas forcément pour le reste de la région, ou que la concurrence est néfaste à tous. Cependant, dans le droit fil de sa logique d’ensemble que j’approuve, il me paraît qu’on ne peut pas se prononcer pour « la construction d’une agglomération gigantesque Sète – Montpellier – Nîmes – Alès ».

D’abord, il n’y a pas de cohérence dans cette construction. G. Roques en exclut lui-même Alès. Mais il souligne aussi combien les atouts de Nîmes et de Montpellier sont réels, mais différents : pour Nîmes il cite l’excellence de la recherche sur la vision et l’optique, les aspects touristiques nombreux, Marcoule et le nucléaire… ; pourquoi donc noyer cela dans une grosse métropole centrée sur Montpellier ? Il cite le port de Sète ; mais Nîmes est aussi près du port de Fos, bien plus important ; pour autant personne ne parle d’une agglomération Nîmes – Arles - Fos ….
Et puis, il y a aussi des territoires autonomes entre Montpellier et Nîmes. Pour m’en tenir au Gard, la communauté de commune Rhôny – Vistre - Vidourle, qui rassemble 25 000 habitants, a une cohérence, autour de ses activités de production : l’agriculture, la Source Perrier à Vergèze, Eminence ou Royal Canin à Aimargues, Syngenta à Aigues Vives… ; toutes ces activités, qui structurent tout ce territoire, n’ont pratiquement aucun lien ni avec Nîmes, ni avec Montpellier ; pourquoi donc les noierait-on dans un ensemble un peu monstrueux ?
Plutôt que d’uniformisation, il me semblerait plus productif d’aller vers des complémentarités et des synergies (comme cela peut s’envisager pour la politique aéroportuaire par exemple).

Le seul argument avancé par les partisans de cette construction, par exemple Monsieur Frêche en son temps, est celui de la nécessité de se grouper pour concurrencer Barcelone ou Marseille. Mais ceci est illusoire, car tous ne jouent pas dans la même catégorie : Barcelone ou Marseille comptent en millions d’habitants, le Languedoc en centaines de mille. Et, à ce compte, si Montpellier « annexe » Nîmes, pourquoi Marseille n’ « annexerait » -il pas Toulon, distant de 50 km lui - aussi, et aussi grand que Montpellier à lui tout seul ?
Mais c’est le principe même de la mise en concurrence qu’il faut dénoncer. G. Roques le dénonce lui-même avec vigueur, comme contre - productif (« Montpellier a pompé une bonne partie du dynamisme démographique et économique » ; « Nîmes et Montpellier sont concurrentes. Et si elle continue, cette rivalité peut-être une obstacle pour la région »). Il s’agit donc de promouvoir une complémentarité entre tous les secteurs de la région, ou du pays, en valorisant les atouts de chacun au lieu de les opposer.

Tel n’est pas ce qu’on constate actuellement, surtout au niveau national, mais aussi au niveau régional ou local. Ce qui prévaut, c’est une logique de « Centre et périphérie ». Ainsi pour la région, une grosse métropole, et un « arrière- pays » : « arrière » de quoi ? et pour y faire quoi ? Au niveau départemental, le Préfet et Messieurs Fournier et Roustan militent pour une super – agglomération Nîmes – Alès, et là aussi un « arrière – pays ». Dans le cadre de la réforme territoriale, le Préfet annonce des financements différents de l’Etat pour les grosses agglomérations et les communautés de communes qui feraient de la résistance : financements proportionnellement plus importants pour les plus grosses bien sûr. Sur le même principe, face à la grande misère de toutes les Universités, on se limite au plan Campus pour une dizaine de très grosses. Et on restreint les crédits de recherche et développement à quelques « pôles d’excellence », en condamnant tout le reste à végéter.

Et cette logique « Centre et périphérie » prévaut aussi à l’intérieur de chacun des territoires. Ainsi, bien que la « grande agglomération de Sète à Alès » ne soit pas réalisée, on voit bien la concentration des services publics sur la capitale régionale, et la baisse de ces services ailleurs. C’est pareil dans l’agglomération comme dans la commune de Nîmes : des investissements au Centre, et des fermetures en périphérie (écoles, commerces, postes de police…).

Il est possible de concevoir une autre logique de l’organisation du pays. Non pas une mise en concurrence, mais une complémentarité, valorisant les atouts différents de chacun et recherchant les coopérations, une politique d’aménagement de l’ensemble des territoires, avec des financements équilibrés et équilibrants.

Michel PERFETTINI,
géographe.


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